Les lièvres et les tortues

posté le
1/7/2021

« Rien ne sert de courir, il faut partir à point. »

Soit. Mais ça ne nous renseigne pas vraiment.

Partir, oui mais quand ?

Pour Jean-Luc Mélenchon et Xavier Bertrand, le voyage vers l’Elysée a déjà commencé. Surplus d’enthousiasme ou de motivation ? Stratégie électorale laborieuse de tortue qui nécessite plus de temps pour aller au bout ?

Pas vraiment. Alors quoi ?

Pour les autres, à part Marine Le Pen qui ne s’arrête jamais de voyager, la donne est un peu plus compliquée. Ce n’est pas l’envie qui manque évidemment, c’est autre chose. Retard à l’allumage ? Stratégie éclair de lièvre qui mise sur une candidature de quelques mois seulement?

Pas vraiment. Alors quoi ?

Paradoxalement, qu’ils soient déjà partis ou toujours bloqués au stand, le calendrier des candidats à la présidentielle est actuellement rythmé par le même impératif : écraser les concurrents issus du même camp.

Et oui, aussi étonnant que cela puisse paraitre, la course à l’Elysée impose inévitablement de commencer par flinguer les copains.

En effet, chaque électeur ne peut choisir qu’un candidat, même s’il en apprécie plusieurs. Le réservoir de voix est donc limité, il se partage, et si trop de collègues se lancent dans l’aventure, on ne risque pas d’aller bien loin.

C’est comme ça.

Le mode de scrutin ne négocie pas.

Pour ça, trois façons de procéder.

La première : obtenir l’union (derrière soi évidemment), le Saint-Graal dont on parle tout le temps. Il faut discuter, convaincre les autres de se mettre en retrait, trouver un accord de programme alors qu’on est en désaccord sur presque tout… Pas simple.

C’est d’ailleurs bien pour ça que ça n’arrive jamais.

La deuxième : les primaires. Affronter frontalement les collègues dans une élection fratricide qui fera apparaitre les désaccords. Chacun en sortira blessé et le parti en lambeaux mais au moins on aura un candidat unique avec des faux airs de légitimité.

La troisième : les sondages. Partir seul, très vite, montrer ses muscles à l’IFOP, ISPOS, Harris et tous les autres instituts pour qu’ils montrent des intentions de vote si hautes que tous vos concurrents internes se désistent devant votre indiscutable supériorité. (Il conviendra évidemment de dire que les sondages n’ont aucune valeur si votre score anticipé n’est pas à la hauteur).

Vous l’aurez compris, les tortues ne sont pas plus lentes : elles tentent le coup de poker des sondages. Les lièvres, eux, ne sont pas plus rapides : ils sont bloqués sur la ligne de départ par les tentatives d’union et de primaires.

Mais.

Questions bêtes : tout cela est-il vraiment nécessaire ? Commencer par se déchirer entre collègues pour trouver un terrain d’entente est-il la meilleure façon de procéder ? Du positif peut-il réellement sortir de stratégies sondagières, de primaires toxiques ou de programmes construits à coups de compromis de circonstance ?

Non, évidemment.

On peut même être plus affirmatif : tout ceci est absurde, inutile, et totalement improductif. Et quand il s’agit de politique (de nos vies, quoi), cela devient vite problématique.

Alors que fait-on ?

Une chose est certaine : on ne trouve jamais de bonne solution à un problème mal posé.

Nous suggérons donc de soulever la seule question valable qu’on ne pose pourtant jamais : pourquoi les candidats sont-ils pénalisés par la présence d’autres prétendants du même camp ?

Après tout, une élection cherche à désigner le meilleur candidat, point. Pas le meilleur si untel ou untel se présente ou non.

Une élection n’est pas une course à piquer les voix des autres, mais une course à l’adhésion des français (ou des américains si vous êtes américain, ça marche aussi).

Vu sous cet angle (qui est le bon, évidemment, sinon on ne vous en parlerait pas), le problème parait déjà plus soluble.

Il suffirait que chaque candidat soit évalué individuellement et indépendamment de tous les autres par l’ensemble des électeurs. Ils auraient ainsi tous le même nombre de voix, donc impossible de siphonner la concurrence. Plus besoin de se forcer à s’unir, de se détruire en primaires ou de regarder les sondages, ils pourraient tous se présenter devant les français sans se cannibaliser. Autant de temps libéré pour débattre du fond et des idées.

Il suffirait alors de déterminer qui a la meilleure évaluation pour désigner le président.

La vie politique serait dépolluée de ses jeux politiciens stériles, et notre président légitimé.

Pas mal, non ?