Qui gagne un oeuf, gagne un boeuf.

posté le
1/7/2021

C’est pas le bon dicton.

On est au courant.

N’empêche que, il y a quand même quelque chose qui nous turlupine.

Pour beaucoup d’entre nous, c’est d’ailleurs le point de départ d’une grande remise en question. Comment depuis plus de 30 ans, des candidats ayant obtenu moins d’un tiers des suffrages au premier tour (et encore, en enlevant tous les votes blancs) ont-ils pu être élus à la majorité absolue ?

Depuis toujours, nous acceptons le système de vote comme un état de fait, le truc normal qui doit être juste parce qu’on n’en parle jamais.

Et c’est vrai qu’on n’en parle jamais.

Même les politiques préfèrent se casser les dents dessus en essayant de faire des unions ou des primaires forcées plutôt que de le questionner.

Pourtant, nous ne sommes pas fous : il y a bien un hic dans cette histoire. Un tour de manche tellement gros qu’on ne le voit même plus, et qui transforme des scores de 20-30% de premier tour en une majorité absolue et indiscutable au second tour.

Comment cela est-t-il possible ?

Le système de vote actuel, dit uninominal et à deux tours (le nom est bien), a été instauré par Charles de Gaulle en 1962.

Il a été pensé par Charles de Gaulle, à l’époque de Charles de Gaulle, et conçu pour élire des Charles de Gaulle à la tête de l’état. En somme : choisir un dirigeant concentrant beaucoup de pouvoirs sur sa personne. François Mitterrand, qui en a tout de même bien profité (du système de vote pas de Charles de Gaulle), parlait alors de « coup d’état permanent. »

Rien que ça.

Pour justifier cette centralisation du pouvoir - parce qu’il le fallait bien, n’est pas Louis XIV qui veut - il fallait une bonne dose de légitimité. Et pour ça, une solution a été toute trouvée : la majorité absolue.

Le truc que personne ne peut contester.

Sauf que la majorité des français, même quand vous êtes le grand Charles (1m96), ce n’est pas facile à rassembler. Et c’est précisément pour ça que le deuxième tour a été inventé.

Pour créer, à partir de rien, une majorité.

Exit donc la plupart des candidats, on en garde que deux.

Exit leurs électeurs, ils s’adapteront comme ils peuvent aux choix restants.

Exit les votes blancs, ils pourraient mettre à mal le projet.

Une fois tout ce rabotage effectué, bravo, vous l’avez votre majorité !

Mais que signifie-t-elle vraiment ? A fortiori, aujourd’hui.

Emmanuel Macron a été élu avec 66% des voix au second tour.

Doit-on considérer qu’il avait le soutien réel et franc de deux tiers des français ? Si non, que voulaient dire ces votes : une approbation du Président ou un rejet de Marine Le Pen ?

Ou alors doit-on penser qu’en réalité seuls les 24% qui l’ont soutenu au premier tour le validaient vraiment ? Et si oui, que pensaient les 76% restants : est-ce qu’ils le détestaient tous ou préféraient-ils simplement un autre candidat ?

On ne le saura évidemment jamais.

La faute à un mode de scrutin qui ne permet pas à l’électeur de bien s’exprimer, dans la nuance et sur tous les candidats, et à un deuxième tour qui brouille les cartes pour construire une fausse légitimité.

Et c’est bien là tout le paradoxe de notre système actuel : il prétend être majoritaire alors qu’il suffit parfois de moins de 20% des voix pour l’emporter (superbe performance réussie par Jacques Chirac en 2002).

On en revient donc au point de départ.

Qui gagne un œuf, gagne… un très gros bœuf.

Evidemment, on les entend déjà.

« Dura lex sed lex », diront les plus conservateurs de tous bords.

« Ce système nous a apporté la stabilité politique », ils ajouteront.

« C’est soit ça, soit le bazar de la 4èmeRépublique ou le bordel à l’italienne », ils finiront le ton assuré, et visiblement pas plus inquiets de voir des présidents mal élus et l’abstention exploser.

On vous laisse juger.

Ici, nous pensons à autre chose.

A une démocratie qui se renouvelle pour se renforcer. A un vainqueur élu selon une évaluation en nuance qui intègre les adhésions comme les rejets de tous les électeurs.

Imaginez un président qui connait parfaitement son degré exact de légitimité (le nombre de personnes qui le jugent excellent, très bien, bien, assez bien, passable, insuffisant ou carrément à rejeter) et qui devra gouverner en fonction.

Bref, un président pas élu comme un monarque sur la base d’une fausse majorité.

Sacré changement, non ?